117 – « Géographies intimes » (La ville, vol.1)


Edito 

« Où habitez-vous ?
Moi ? J’habite au clair de lune.»
(Geneviève Liautard)

Inspirés par le titre du livre de Chantal Deckmyn Lire la ville, les auteurs de Filigranes ont eu envie, dans ce premier numéro sur la ville, de donner leur lecture intime, le point de vue d’où ils regardent la ville. Et ils ont entendu la voix de celle où ils vivent, ont vécu ou espèrent vivre. 

Celle qu’on rejoint sous des couches d’oubli. Celle qu’on ne retrouve plus à la même place, celle qui vous rend anonyme à vous-même, ce qui donne à certains des textes de ce numéro une nostalgie particulière.

Dans les brumes de Rouen ou dans le chaos de Marseille, nos traces nous surprennent. Comme Jim Morrison, à qui il « semble être parti depuis longtemps » », on relie sa carte intime au sablier et à l’enfance. D’où l’appel des ciels, des nuages, des vols d’oiseaux qui peuplent certains poèmes jusqu’à l’évocation des âmes dans des cimetières enchantés.

Mais, si la ville est pour certains celle de la mémoire, elle est aussi un nom sur lequel on rêve, un lieu qui nous confronte aux mendiants et aux pauvres, un lieu de pierre et de monuments où un buisson en fleurs nous touche au cœur. Et parfois, elle s’ouvre sur l’inattendu, rêve d’aller à la mer avec le fleuve qui la traverse, ou se découvre autre dans les pas d’un migrant…

La division entre ces images de la ville ne nous enferme pas pour autant dans d’impossibles choix. À l’intersection des anques éprouvés dans la ville s’échappe la poésie. Quand l’auteur simule sa propre disparition, c’est qu’il y apprend ce qu’il sait déjà, que la ville est un lieu où il rencontre l’autre, une modalité de sa découverte.

Car la ville n’est pas un labyrinthe, Chantal Deckmyn nous l’explique dans Cursives. Elle nous habite autant que nous l’habitons et, malgré ses transformations de forme, ce n’est pas une forêt, on ne s’y perd pas, on sait qu’on s’y retrouve. Maternelle, elle s’inscrit dans la chair et dans la mémoire des citadins et ses traces sont heureusement lisibles. Tenir les bouts de ces contradictions, c’est ne pas céder au regret discursif et, comme dans un orchestre, écouter chaque instrument du concert.

L’éthique, c’est se tenir à la hauteur de nos émotions, celles que nous rencontrerons dans les numéros suivants consacrés à la ville. Sentir les palpitations de sa centralité autant et « en même temps » que la dispersion de ses périphéries.

Une vigilance qui préserve l’attention des passants que nous sommes, richesse de nos retrouvailles avec nos paysages intimes.

Arlette Anave

Sommaire 

Frictions

Paul Fenoult / Lambeaux de tissu urbain
Xavier Lainé / Ombre dans la ville
Arlette Anave / Jaune
Michel Neumayer / Situation Métro Castellane
Michèle Monte / Une ville qui ne ment pas
Anne-Marie Suire /Tant ici que là
Patrick Gillard / Période défaite
Jean-Charles Paillet / Sans titre

 

For intérieur

Agnès Raygot / De la fenêtre
Monique Ringeisen / Seul, ensemble
Jeannine Anziani / Coup de blues à ma ville
Chantal G. Blanc / D’une ville à l’autre, j’y grandis…
Danielle Querol-Bonhomme / Cette ville d’alors n’existe plus
Teresa Assude / Traversée du temps
Laure-Anne Fillias-Bensussan / Cimetières
Françoise Salamand-Parker/  Mes vies en villes
Chantal Arakel / Entre chien et loup

 

Cursives

Lire la ville – Manuel pour une hospitalité de l’espace public
Un entretien avec Chantal Deckmyn, architecte, anthropologue et autrice

Lire le texte  (PDF)
« L’écriture, c’est de la parole, à l’état solide » – (Lire la ville, p.233)
curs117-

Échappées

Béatrice Pailler Rouen / Mon enfance
Gervaise Ferron-Leroy / Flâneries
Louba Astoria / Lunaires
Mü / Presque haïshas
Gislaine Ariey / Virée de mai
Annie Christau / Ma ville l’été
Marie-Christiane Raygot / Migrant
Geneviève Liautard / Quelques traces de nuit

 

Photos / Isabelle Ganga

Mise en page / Gislaine Ariey /