La Ville (2025-26


118 – Au coeur des villes (La ville, vol 2)

  Edito (Olivier Blache) Au cœur des villes « La ville change plus vite, on le sait, que le cœur d’un mortel… » Julien Gracq, La forme d’une ville, José Corti, 1985 Considérons la cité comme une entité vivante, remuante, innervée de voies de circulation, sans cesse réorganisée, réhabilitée, reconstruite avec son lot d’expulsions. Derrière les murs, familles, femmes, hommes œuvrent, cohabitent, coexistent, se croisent. Chacune de ces parcelles habitées bat à son propre rythme. Alors venez, lectrice, lecteur, plongeons vers le cœur de nos villes, vers cet espace où nos regards ont vu tant de visages, tant de recoins, tant d’instants cueillis à fleur de peau.   Passons la grande porte qui vient de s’ouvrir devant nous. Nous vous accompagnerons dans les vieilles ruelles usées, nous vous ferons goûter ce point du jour où les cafés accueillent les premiers passants isolés, les étrangers égarés, les migrants aux aguets. Nous écouterons ensemble leurs accents qui se mélangent et se perdent soudain dans un souffle tourbillonnant.   Allez, venez voir toutes ces personnes qui se préparent à se laisser emporter par la foule. Sentez ces odeurs fortes ou parfumées à l’heure où les rues s’enflamment, où les boulevards bouillonnent, où les […]


117 – « Géographies intimes » (La ville, vol.1)

Edito (Arlette Anave) « Où habitez-vous ? Moi ? J’habite au clair de lune.» (Geneviève Liautard) Inspirés par le titre du livre de Chantal Deckmyn Lire la ville, les auteurs de Filigranes ont eu envie, dans ce premier numéro sur la ville, de donner leur lecture intime, le point de vue d’où ils regardent la ville. Et ils ont entendu la voix de celle où ils vivent, ont vécu ou espèrent vivre.  Celle qu’on rejoint sous des couches d’oubli. Celle qu’on ne retrouve plus à la même place, celle qui vous rend anonyme à vous-même, ce qui donne à certains des textes de ce numéro une nostalgie particulière. Dans les brumes de Rouen ou dans le chaos de Marseille, nos traces nous surprennent. Comme Jim Morrison, à qui il « semble être parti depuis longtemps » », on relie sa carte intime au sablier et à l’enfance. D’où l’appel des ciels, des nuages, des vols d’oiseaux qui peuplent certains poèmes jusqu’à l’évocation des âmes dans des cimetières enchantés. Mais, si la ville est pour certains celle de la mémoire, elle est aussi un nom sur lequel on rêve, un lieu qui nous confronte aux mendiants et aux pauvres, un lieu de pierre et […]