Raisons, déraisons – Vol 2 – « Dans le miroir des mythes » (2017)


 

 

 

« Raisons, déraisons »
« Dans le miroir des mythes » vol 2 (2017)

 

Un beau jour ou peut-être une nuit
Près d’un lac, je m’étais endormie
Quand soudain, semblant crever le ciel
Et venant de nulle part surgit un aigle noir…
Barbara

C’est le paradoxe. Il traverse nos vies. L’oiseau de la déraison brouille les cartes, bouscule les frontières. À chaque fois, lucidité et ivresse, harmonie et chaos, paix et guerre, création et destruction se toisent, se frôlent, se frottent, s’éclipsent, esquivent et se rejoignent.

D’Œdipe à Médée et à Antigone, de Sparte à Troie, les mythes, matrice de nos fictions, nous rappellent que de tous temps, femmes et hommes, dieux de l’Olympe et humains, se sont cognés au désir, aux passions, aux us, à la Loi. Qui sont les barbares, où sont-ils, quelle langue parlent-ils ?

À chaque fois, il y va d’un territoire et de ses confins : celui d’un principe d’humanité à définir ; d’une humaine signature (1) à penser sans cesse, à apposer sans réserve. À chaque fois, a contrario, le sentiment d’un manque nous menace, « l’invincible nostalgie du retour à l’union totale, à l’Un indivis, au néant » (2).

Ainsi, foin des oppositions binaires. Toute frontière, nous dit le géographe(3), est « traduction, régulation, différenciation et relation ». On y ajouterait volontiers « résistance », « lucidité », « contrebande ». Écrire poétiquement ce n’est pas dire le juste et l’injuste, fixer une norme, encore moins tracer quelque ligne rouge. Laissons cela aux médecins, aux juristes, aux politiques. C’est en revanche un long chemin à explorer : celui qui va de la règle à l’usage, aux conduites humaines ; celui qui noue le noir et le blanc, le pour et le contre ; celui qui fond obscurité et lumière sans les confondre. C’est donc d’échange et de porosités, d’alliage et d’alliance dont il sera question ici, dans le carnaval de nos passions textuelles.

L’écriture elle-même peut, à l’occasion, vouloir se dérégler et la forme devient fond. Les mots s’enivrent. Comme un chien fou, le sens tire sur la laisse et veut s’échapper. À chaque fois, pourtant, entre Apollon et Dionysos, entre ordre et chaos, entre sublimation et catharsis, un calcul a été fait, des choix se sont dessinés, un équilibre est posé. À nous, lecteurs bienveillants, de les reconnaître, d’y consentir bien sûr, de ne jamais capituler pour autant devant les apparences, sans quoi nous ne saurions plus ni lire et ni aimer.

Scansion, valeur faciale et revers, chant et contre-chant, dissonances sont quelques mots dans la nuit, quelques balises pour naviguer, sans boussole et sans compas à bord de notre commun radeau. Nef des fous pourrait bien être son nom.

C’est, en effet, de passions et de leur dérèglement dont il s’agira. Prenez vos billets, vérifiez vos passeports, déposez armes et bagages, élancez-vous, le voyage commence déjà.

 

Filigranes (MN) novembre 2017

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(1) Tzevtan Todorov, La signature humaine (Seuil).
(2) Référence à Nietzsche. Geneviève Blanquis, traductrice, précise dans son introduction à La naissance de la tragédie (Gallimard, coll. blanche) : « Alors que dans la tragédie grecque telle qu’elle nous a été transmise, nous admirons surtout une des œuvres les plus parfaites de la raison lucide et d’une sagesse qui sait dominer les passions les plus fauves et les malheurs les plus inouïs, Nieztsche est plus sensible à l’atmosphère de menace et de mystère, au lyrisme pessimiste des chœurs, aux lamentations sur des héros persécutés et vaincus, sur la misère et l’horreur de l’humaine condition ».
(3) Claude Raffestin, Éléments pour une théorie de la frontière (Revue Diogène N°86 , vol 34.)

 

 

 

Sommaire

FILIGRANES Éditorial (M.N.)

 

ROCK’N ROLL

Paul FENOULT Ode à une épave
Félix DEMORE La résurrection d’Orphée
Arlette ANAVE Pour Magritte


CONTRE-CHANT

Annie CHRISTAU S’éloigner
Martine REYMOND Ténèbres / Espoir
Jean-Jacques MAREDI Pied blessé
Cathy SFORZI Nécessité
Agnès PETIT Eux
Marie-Christiane RAYGOT La vie domestique
Sylvie AZEMA-PROLONGE Mauvais coton (suite)

DISSONANCES

Marie-Noëlle HOPITAL Un lointain cousin
Anne-Marie SUIRE Sur le pont
Francoise SALAMAND-PARKER L’admirable histoire…
Nicole DIGIER Les vigiles à l’hôpital…
Chantal BLANC Le méli-mémots

 

CURSIVES 28

« Le tapis à histoires » – Centre social / Maison pour tous St Mauron à Marseille – Un entretien avec Zineb, Sahada, Husna
en compagnie d’Amande Leblanc et Samia Azizi

Lire l’entretien

 

VALSE SENTIMENTALE

Michèle MONTE Quel sacrifice ?
Xavier LAINÉ Toujours tout reconstruire
Oleg de ROEBERTY La Volga
Michel NEUMAYER Paix d’Astarté
Jeannine ANZIANI Le Kairos
Irène PHILIPPIN Imagine

 

DE PROFUNDIS

Teresa ASSUDE Voix altérées
Damien PAISANT Vivre – Mourir – Vivre – etc.
Stéphane CASENOBE Comme sur le pont d’un bateau ivre
Jean-François MARIOTTI Corps à corps
Georges XUEREB Chaos… corps
Lecarm L’assinage

 

Les illustrations (couverture et pages intérieures) de ce numéro sont de Jean-François Cardin.

« Durant une dizaine d’années j’ai « traqué » les tessons de verre sur les faîtes des murs des quartiers de Marseille.
Si nous les regardons de très près selon l’angle du soleil,
ils s’éclairent comme si nous les regardions dans un kaléidoscope.
Aucun montage n’a été nécessaire, seulement un clic sur le sujet en macrophoto au moment du bon éclairage… J
‘étais le premier stupéfait et enchanté du résultat sur mon ordinateur. »

J-F. Cardin

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire

FILIGRANES Éditorial (M.N.)

 

ROCK’N ROLL

Paul FENOULT Ode à une épave
Félix DEMORE La résurrection d’Orphée
Arlette ANAVE Pour Magritte

CONTRE-CHANT

Annie CHRISTAU S’éloigner

Martine REYMOND Ténèbres / Espoir
Jean-Jacques MAREDI Pied blessé
Cathy SFORZI Nécessité
Agnès PETIT Eux
Marie-Christiane RAYGOT La vie domestique
Sylvie AZEMA-PROLONGE Mauvais coton (suite)

DISSONANCES

Marie-Noëlle HOPITAL Un lointain cousin
Anne-Marie SUIRE Sur le pont
Francoise SALAMAND-PARKER L’admirable histoire…
Nicole DIGIER Les vigiles à l’hôpital…
Chantal BLANC Le méli-mémots

 

 

   

 

 

 

FILIGRANES  (filigran) n.m. (1673) du lat. « filigrana » fil à grain).Ouvrage fait de fils de métal (argent ou or),de fils de verre,entrelacés et soudés. Dessin qui apparaît en transparence dans certains papiers.

(Fig.) Lire en filigrane, entre les lignes, deviner ce qui n’est pas explicitement dit dans le texte.