N°107 « Ça peut toujours servir ! » (Récup’ et maraudes vol.3 – 2021)


Édito

« Être curieux, c’est être attentif à la possibilité de prendre soin du monde. Je pense donc que c’est le bon moment pour la réparation, si l’on s’accorde sur le sens concret, banal et bricoleur du mot, si l’on décide de faire ce qu’on peut avec ce qu’on a, en laissant derrière nous cette rêverie d’un monde d’après »                                                  Patrick Boucheron (1)

 

Arrivés au terme de notre parcours de trois numéros, nous voilà dans l’expectative.

« De récup’ en maraudes » fut notre fil d’écriture une année durant. Passant de gabegies en débordements de toutes sortes, nous replongions avec tristesse dans un premier temps (n°105) dans les errements d’une jouissance qui se croyait sans bords, d’une modernité sans conscience de ses limites. Puis nous nous confrontions (n°106) à la perte, celle de ces savoirs qui autrefois liaient au sol, à la terre, aux paysages les personnes les plus démunies socialement. Elles en faisaient nourriture et terreau d’imaginaire. Au prétexte d’écriture et emboitant leurs pas, nous réinventions nous-mêmes de possibles glanages.

Mais à présent, de quoi parlons-nous : d’astuces et de bricolages, de l’art de réparer, d’un sens recouvré de l’économie   ? Certainement, mais quand autour de nous de plus en plus de voix s’élèvent, c’est de réparer le monde dont elles parlent, d’apprendre à le ravauder. C’est un savoir ancien dont il s’agit. Perdu de vue, le mot s’apparente à reprendre, recoudre, disposer autrement, disperser et recomposer. Il s’agit de rebattre les cartes là où, dans le cœur encore incandescent de nos illusions naïves, bien des aspects du vivre en modernes se sont gravement délités.        

Faire retour sur les mots, certes, mais pour imaginer ce que sera un jour peut-être un n’autre devenir. Non pas restaurer l’ancien mais déplacer le regard, imaginer des pas de côtés radicaux afin que le neuf qui en émergera nous donne à vivre en conscience bien plus lucide. 

La tache d’encre qui orne le récit de l’enfant… les fils qui nouent le livre et en font un objet voyageur… les carnets d’écriture accumulés qu’on relit, qui restent des joyaux et font mystère… le poème surgi d’un banal paysage… le tableau sous nos yeux qui nous émerveille et fait sens à nouveau… les êtres de désir que nous sommes et qui trouvent autrement à se raconter… les ruptures que par nos mots accumulés nous comprenons autrement et mettons dans ce même instant à juste distance… tous ces dépôts nombreux nous ouvrent des portes !

Si toutes et tous nous nous en souciions, nous referions lien alors avec une attention au monde dont nous ne cessons de rêver, avec un élan qui répare les êtres et met à jour des savoirs encore masqués2. Faire autrement bouquet de nos subjectivités signifierait que vivre mieux encore est possible.

C’est à quoi ici modestement nous nous employons. Celui du “désapprendre, (du) remaniement imprévisible que l’oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances (…) Cette expérience a, je crois, un nom illustre”, dit Roland Barthes3. “Sapientia, nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible”.

 

M.N.

 

 

1 Télérama 21/12/2020
2 Bruno Latour, Donna Harraway et bien d’autres.
3 Roland Barthes, Leçon, p.45

 

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107 complet – 03MO – 12-06-36 copie

 

Notre sommaire            

LA FABRIQUE

Marie-Noëlle HOPITAL, Manteau d’arlequin
Michèle MONTE, Entrelacs
Régine CARNAROLI, Celui qui…
Jean-Jacques MAREDI, Qui sait…
Françoise SALAMAND-PARKER, Multi usage
Jean-Jacques DORIO, Ce qui sourd de ma plume
Annie CHRISTAU, Réparer
Chantal BLANC, Un vers bancal
Anne-Marie-SUIRE, L’empathie
Anne-Claude SIMON-THEVAND, Ma chère pomme

 

PASSER OUTRE

Agnès PETIT,Transmission
Annie SHHRÀK, Une toute petite madeleine
Xavier LAINÉ,  Archéologie et recyclages
Arlette ANAVE, Les draps mouillés
MarIe-Christiane RAYGOT, C’est dans les carnets…
Jeannine ANZIANI, Premier réflexe

           

CURSIVES

« Tout artiste a sa perception du monde” – Un entretien avec Michel Kélémenis, danseur chorégraphe, fondateur de plusieurs lieux d’expression artistique à Marseille.

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30 -37 Cursives @@ 107 Kelemenis v2 copie

 

                           

ÉLAN

Olivier BLACHE,  Entre “ça » et mon logis
Laure-Anne FILLIAS-BENSUSSAN, Débris d’un scrabble (2)
Teresa ASSUDE, Épluchures
Chantal ARAKEL, Refonte
Monique d’AMORE, Boucles de vie
Michel NEUMAYER, Voies d’eau, chemins de pluie
Gislaine ARIEY, Trois points de suspension
Jean-Charles PAILLET, Malgré

 

HOMMAGE

Filigranes rend hommage à Claude BARRÈRE.
Textes de Claude Barrère, Marie-Christiane Raygot, Élodie Loustau    52

           

Illustrations de couverture et p.19 – 38 – 50 –  
Gislaine Ariey inspirées du recueil Zou Lou.